L’expression rendue célèbre grâce à Napoléon peut s’appliquer, à sa sauce, à la communauté des traileurs.

En cette période de l’année, les courses les plus folles s’organisent aux quatre coins du monde.

Cela aurait notamment dû être le cas la semaine dernière avec le marathon du Pôle Nord, course sur une boucle de 4,2 kilomètres à faire dix fois de suite sur la banquise. Mais des tensions politiques entre l’Ukraine et la Russie ont eu raison de l’édition 2019. Voici trois semaines, une course similaire avait eu lieu en Antarctique. Les concurrents y furent confrontés à des températures très négatives en plus des fortes rafales de vent brouillant les repères de la piste. On ne sait plus où est le ciel, où est le sol. Courir dans ces conditions relève de l’exploit. Cela n’empêche pas les meilleurs de réaliser des chronos de moins de 4 heures ! Quant au record de froid, il semble qu’il soit détenu par une épreuve qui s’organise au mois de janvier en Sibérie. Température extérieure : -52 degrés !


L’environnement le plus hostile possible

Voilà pour le froid. Si vous préférez la haute montagne, pas de problème. Là aussi, il y a l’embarras du choix. Comme le marathon de l’Himalaya qui se dispute chaque année le 29 mai pour célébrer la date de la première ascension de l’Everest en 1953. Le parcours oscille entre 4 000 et 5 500 mètres d’altitude. On peut aussi opter pour les fortes chaleurs, comme la 34e édition du Marathon des sables dans le sud du Maroc qui a eu lieu la semaine dernière (voir par ailleurs).

Cette liste des courses folles n’est pas exhaustive, loin de là. On pourrait continuer à les énumérer pendant des heures. Il s’en organise dans la jungle, dans les steppes, dans les marais. En Laponie aussi. N’est-ce pas, Monsieur Prévot ? Toutes ces épreuves ont en commun d’être effroyablement difficiles et de coûter très cher ! Elles connaissent pourtant un succès fou.


Une nouvelle religion

On peut évidemment s’interroger sur ce besoin que ressentent les adeptes de trails lointains de se mettre dans des situations d’inconfort total et parfois même de danger. Plusieurs sociologues se sont penchés sur cette question. Curieusement, ils font alors le rapprochement avec la démarche de tous ces moines qui faisaient autrefois vœu de pauvreté après avoir connu des vies d’opulence. Songeons par exemple à la vie de Charles de Foucauld (1858-1916). Dans la première partie de sa vie, ce fils de bonne famille a d’abord dilapidé son argent en fêtes, en alcool et en prostituées ! Il brûle la chandelle par les deux bouts jusqu’à l’âge de 28 ans où il réalise soudain que cet univers de stupre et de luxure ne lui convient pas. Il décide d’entrer dans les ordres et se dépouiller de toutes ses richesses. À la fin de sa vie, il fonde un ermitage au cœur du désert du Hoggar dans le sud de l’Algérie dans ce qui lui semblait être le lieu le plus inhospitalier de la planète : l’Assekrem. On ne peut pas lui donner tort ! L’ermitage se situe au centre d’un désert de cailloux. Pas un arbre à des centaines de kilomètres à la ronde ! Il fait toujours trop chaud ou trop froid. Mais lui ne voulait vivre nulle part ailleurs.

Eh bien, les coureurs de grand fond réagissent un peu de la même manière. Ils recherchent la rudesse afin de révéler en eux des ressources insoupçonnées et être plus proches à la fois de la grande nature et aussi de leur véritable nature intime.