Dimanche, le plus grand événement sportif de l'année outre-Atlantique va opposer, à Atlanta, les Los Angeles Rams aux New England Patriots à l'occasion du Super Bowl, la finale du championnat professionnel de football américain (NFL). 

Tout le pays va s'arrêter pour suivre ce 53e choc entre les deux meilleures équipes du sport le plus populaire au pays de Donald Trump. Et comme très souvent, l'issue s'annonce incertaine entre l'équipe emblématique de ce début de XXIe siècle emmenée par un duo de légende le quarterback Tom Brady et le coach Bill Belichick et une autre qui retrouve le sommet, après une longue traversée du désert, grâce au talent de ses jeunes, notamment le quarterback Jared Goff et le coach Sean McVay. Le manque d'expérience n'est pas forcément rédhibitoire dans le Super Bowl. Il y a douze mois, Philadelphie, placé dans une situation similaire à celle de Los Angeles, avait terrassé New England 41-33. Les Etats-Unis ont beau être une république, ils raffolent des dynasties. Le sport n'y fait pas exception. Dès lors qu'une équipe dans l'un des sports collectifs majeurs parvient à aligner plusieurs sacres en peu de temps, il acquiert ce prestigieux titre.

En football américain, il y eut celles de Green Bay dans les années '60, de Pittsburg dans les années '70, de San Francisco dans les années '80 et de Dallas dans les années '90. Depuis le début du nouveau millénaire, et plus précisément 2002, une seule franchise peut se targuer d'en être une, celle de la banlieue chic de Boston : les New England Patriots. Elle a remporté 5 titres (2002, 2004, 2005, 2015, 2017), à une longueur du record de 6 victoires de Pittsburgh, et joué trois autres finales (2008, 2012 et 2018). Le plus incroyable est que le duo Brady-Belichick est présent depuis le début de cet âge d'or. A 41 ans, celui que est "M. Gisèle Bundchen" dans la vie de tous les jours va jouer son 9e Super Sunday, un record, et il ne compte pas prendre sa retraite après dimanche. Pareil pour Belichick aux commandes de l'équipe depuis l'an 2000. Tous deux sont considérés par les observateurs avisés comme le meilleur joueur et le meilleur coach de l'histoire de ce sport.

Les succès à répétitions et certaines affaires (ballons dégonflés, espionnage des signaux adverses) ont suscité jalousies et critiques. Aujourd'hui, les "Pats" sont autant admirés que détestés. Le coach, dont le talent pour rebâtir au fil des années un effectif victorieux est unique, a même reçu le sobriquet de "Billicheat" (Bill la triche).

La présence de New England en finale, sa 3e consécutive, est une petite surprise dans la mesure où l'équipe n'a pas été la plus convaincante en saison régulière (11 v-5 d). En play-offs en revanche, l'expérience inégalée des grands matchs a fait pencher la décision notamment en finale de Conférence à Kansas City (31-37 en prolongation). Cette habitude de jouer des matchs capitaux pour les pions clés de l'équipe sera le meilleur atout de New England dans le flambant neuf Mercedes-Benz Stadium.

La trajectoire des Rams est inverse. Le club, qui appartient au milliardaire Stan Kroenke le propriétaire du club de football d'Arsenal et de basket des Denver Nuggets, était au sommet après son seul titre en 2000 (remporté à Atlanta (!) contre Tennessee 23-16) et une autre finale perdue en 2002 (20-17) face à ... New England. Ensuite, les "Béliers", ont disparu dans les tréfonds des classements ce qui leur a permis de recruter d'excellents jeunes sortis des universités. A la suite d'un calamiteux bilan de 4 victoires (12 défaites) en 2016, la franchise de retour à Los Angeles après vingt ans à Saint-Louis a hérité du 1er choix de la draft qui s'est porté sur Jared Goff. Bingo. Associé au running back Todd Gurley (N.10 en 2015), 21 TD cette saison, et au defensive tackle Aaron Donald (N.13 en 2014), 20,5 sacks cette saison, le QB a propulsé l'équipe au sommet (13 v-3 d). Le blond Californien jouera à 24 ans son premier Super Bowl grâce à une victoire à La Nouvelle-Orléans en finale de Conférence (23-26 en prolongation, avec il est vrai une grosse erreur d'arbitrage). Le mérite en revient aussi à Sean McVay, le plus jeune coach de la NFL (33 ans), qui a pris l'équipe en mains depuis deux ans. Spécialiste de l'attaque, son duel à distance avec le maître du jeu Belichick sera lui aussi un choc des générations.