Vincent Kompany nous parle de son professeur Guardiola, de l’échec d’Henry mais aussi de la gestion de son temps et du mercato.

Ce n’était pas le même barnum que pour Eden Hazard au Real Madrid, mais il fallait quand même se battre pour poser une question à Vincent Kompany mardi. Les mains levées étaient nombreuses et Marie Verbeke, l’attachée de presse du RSCA, avait l’embarras du choix avant de donner le micro.

On n’a pas pu demander tout ce qu’on aurait voulu, mais Kompany a quand même donné une belle idée de ce qu’il comptait mettre en place pour aider Anderlecht à remonter la pente.

La première question embêtante est venue de Kompany lui-même : "Dans quelle langue je commence ?" Une interrogation en français à laquelle il a répondu en néerlandais. Après son discours d’introduction, il s’est adapté à la langue de son interlocuteur.

Quand avez-vous dit à Pep Guardiola que vous quittiez Manchester City pour devenir manager/joueur à Anderlecht ?

"Le jour avant la finale de Cup contre Watford, ce qui allait être mon dernier match à City. Ça voulait aussi dire que je méritais de jouer (rires) ."

Depuis quand saviez-vous que vous vouliez devenir entraîneur ?

"Même si je dois tracer ma propre histoire, je vais souvent citer son nom : Pep Guardiola. Le premier jour où il est arrivé à Manchester City, il a commencé à parler de sa vision du football. Je me suis rendu compte que j’avais perdu beaucoup de choses que j’avais connues durant ma formation à Anderlecht. À Neerpede, c’était la vision de Cruyff avec un 3-4-3. Quand j’ai quitté les jeunes d’Anderlecht, je suis tombé dans un vide sans aucun des principes appris pendant ma jeunesse. En Angleterre, je me suis reconfiguré en défenseur physique. Mais ceux qui me connaissent depuis vingt ans savent qu’à la base j’étais connu pour d’autres qualités. Parce que je venais d’une école de foot différente des autres défenseurs. À la fin de ma carrière, j’ai enfin retrouvé ces valeurs avec Pep. La version 2.0 de ces valeurs. Il a beaucoup de demandes par rapport au jeu et ça m’a permis de retrouver mes aises. Le discours de Pep m’a donc intéressé dès le premier jour."

Pouvez-vous nous expliquer en quoi le discours de Guardiola est différent de celui de tous les autres entraîneurs ?

"C’est comme quand vous allez à l’école et que vous tombez sur le prof qui vous marque pour la vie. C’est ce qui est arrivé avec Pep. C’est comme si j’étais passé de l’école primaire à l’université sans les secondaires. Il explique les principes les plus difficiles très simplement. C’est ce que je veux apporter à Anderlecht. Mais je ne suis pas Pep. Chaque chose en son temps. Je suis juste un bon élève (sourire) ."

Prendrez-vous un jour le relais de Guardiola à City ?

"Je m’attendais à cette question (sourire) . À City, il y a son adjoint, Arteta, qui est la bonne personne pour succéder à Guardiola."

Avez-vous passé un coup de fil à Thierry Henry pour connaître les pièges à éviter pour ne pas louper ses débuts d’entraîneur, comme ça lui est arrivé à Monaco ?

"Oui, je lui ai parlé de son expérience. Et à des gens qui étaient autour de lui pendant cette période. Au moment où j’ai décidé de me lancer dans cette nouvelle carrière de manager, il connaissait ses problèmes à Monaco. C’était incompréhensible à mes yeux et je voulais comprendre la raison derrière ça. J’ai aussi parlé avec de jeunes coachs qui venaient de se lancer pour apprendre. Je suis parti avec l’optique ‘je ne connais rien’. Pas en croyant tout savoir."

Qui a eu l’idée de cette double casquette manager/joueur ?

"C’est venu au fil des discussions. On parlait football avec la direction et c’est devenu logique. Même si je n’ai pas le diplôme d’entraîneur, beaucoup d’entraîneurs n’ont pas étudié le management comme moi. À aucun moment de ma carrière, je n’aurais pu combiner ces deux tâches avant aujourd’hui. J’étais en fin de contrat et j’ai décidé d’accepter ce défi. C’est le choix le plus compliqué, mais ça a toujours été le cas dans ma vie."

Auriez-vous pu revenir à Anderlecht cet été sans cette double casquette ?

"Non. C’était la seule possibilité que je revienne. Une possibilité fantastique. En réfléchissant bien, j’ai compris que c’était le meilleur moment possible pour revenir. Après une année compliquée, les gens au club sont très réceptifs."

Comment allez-vous combiner ces deux boulots ?

"Je suis à fond joueur et à fond manager. Ça semble beaucoup, mais ça ne va rien changer à mon style de vie. Les gens qui me connaissent depuis longtemps savent que j’ai toujours beaucoup travaillé. Quand j’étais petit, j’allais au foot, à l’école, aux scouts, à l’athlétisme… Ma journée, c’est de 6 h 30 à 23 h depuis tout gamin. Mon temps est juste complètement tourné vers Anderlecht maintenant. Ne vous inquiétez pas."

Aurez-vous encore assez de temps pour les Diables ?

"Oui, ça ne change rien à mon quotidien. J’ai toujours été joueur/manager dans ma carrière. C’est juste que je manageais d’autres choses. Là, je vais manager dans le football. Je m’amuse chez les Diables et je ne vais certainement pas arrêter."

Que pensez-vous du niveau de l’équipe actuelle ?

"J’ai vu beaucoup de talents ici. Beaucoup de jeunes qui viennent d’éclore ou qui doivent juste éclore. Il y a plus de talent maintenant qu’à mon époque. Bien plus même. Il faut leur donner l’opportunité de se développer."

Avez-vous reçu des promesses sur le marché des transferts ?

"J’ai juste la promesse d’avoir 45 joueurs à ma disposition (rires) . On va s’organiser. Le club doit se redresser. Si besoin, je serai le gilet pare-balles, le bouclier. On doit trouver un équilibre dans l’effectif et parvenir au moment où l’on saura faire les transferts qui font la différence. On va évidemment regarder le marché."

Notamment à Manchester City ?

"Il ne faut pas croire qu’on va devenir un club satellite de Manchester City. Anderlecht est une institution du football et il faut la respecter. Au club, on a tous nos réseaux. Marc (Coucke) a le sien, Michael (Verschueren) et Frank (Arnesen) aussi. J’ai travaillé onze ans à City et j’ai de très bons rapports là-bas. C’est clairement mon réseau pour l’instant. Mais Anderlecht restera toujours Anderlecht."

Allez-vous tenter de recruter certains Diables en quête de relance dans leur carrière ?

"Tous les Diables ont le niveau d’Anderlecht, évidemment. Mais, quand je suis en équipe nationale, je ne suis pas là pour recruter. Maintenant, le message est quand même passé (rires) ."

Quel est votre objectif cette saison ?

"On a fini sixièmes. On doit donc devenir meilleurs que cinq équipes pour être champions. Mais c’est toujours l’objectif d’Anderlecht, d’être champion. Avec quelques changements et quelques améliorations, on peut y parvenir. Je veux renouer avec le titre le plus vite possible."

Avec du football-champagne donc.

"Cette expression m’a toujours amusé. Il n’y a qu’en Belgique qu’elle existe. À Anderlecht, le beau jeu doit amener les résultats. Les deux sont indissociables. Mon but ultime, c’est d’être champion avec du beau football. Je dis ça et là : ‘On va jouer notre premier match sur un champ de patates et tout le monde va demander où est le beau football (rires) .’ Je sais que je me mets de la pression, mais c’est ça, Anderlecht."

Allez-vous devoir vous réadapter au championnat belge après avoir connu onze années de Premier League ?

"Le fossé, je ne l’ai pas encore vu. À City, on était baignés dans le luxe. Mais ce dont on a besoin, on le trouve à Anderlecht. J’ai été agréablement surpris par le niveau des employés du club, à tous les niveaux."

Enfin, dites-nous si votre grand ami Noel Gallagher compte venir au Parc Astrid ?

"Je crois qu’il va venir. Mais pas pour le football, juste pour la bière (rires) ."