Crédité sur le dernier album de la chanteuse Christina Aguilera, créateur de vêtements pour la marque Tommy Hilfiger et désormais quintuple champion du monde de F1: Lewis Hamilton dénote sur les paddocks par l'éclectisme qu'il cultive.

Souvent qualifié de "pop star", le Britannique de 33 ans a égalé dimanche au Grand Prix du Mexique les cinq titres mondiaux de l'Argentin Juan Manuel Fangio. Seul l'Allemand Michael Schumacher, avec sept sacres, a fait mieux.

La conquête de cette nouvelle couronne, la quatrième avec Mercedes depuis 2014, a été marquée par ses incursions dans la musique et la mode. Même si des médias redoutent qu'elles lui nuisent, lui y voit une des clés de son succès.

"Entretenir ma créativité me stimule, plaide Hamilton, interviewé par l'AFP lors du GP de Russie. Il est sain de découvrir d'autres choses pour lesquelles vous êtes doué et de pouvoir puiser dedans. Dans mon temps libre, j'essaye d'explorer car tant que vous apprenez, vous stimulez votre esprit."

"J'ai toujours été ainsi", assure-t-il, diamant au nez et chaînes en or au cou, évoquant les noms et logos d'artistes hip-hop qu'il dessinait sur les murs de sa chambre à 11 ou 12 ans et la guitare dont il jouait.

"Mais je n'osais pas aller plus loin parce que, pour mon père, il n'y avait rien d'autre que la course", se souvient le fils de parents séparés.

C'est son père qui l'a initié au sport automobile et a financé sa jeune carrière en cumulant plusieurs emplois, avant que McLaren, l'écurie avec laquelle l'Anglais a fait ses débuts en 2007 et conquis son premier titre en 2008, ne prenne le relais pendant son adolescence.

"A contre-courant"

"Je ne sais pas si j'aurais pu être qui je suis maintenant au début de ma carrière, s'interroge Hamilton. Probablement qu'aujourd'hui un jeune le pourrait parce que j'ai montré que c'était possible d'être différent, mais quand je suis arrivé, ma différence était désapprouvée."

C'est en filigrane l'un des moteurs du premier pilote noir en F1 qui apparaît: son désir d'"entrer dans l'Histoire" en dépit de ses origines modestes, de sa couleur de peau et des convenances qui régissent le paddock.

"J'ai toujours été quelqu'un qui va à contre-courant, assure le célibataire, pas pressé de s'installer. Les gens qui pensent que je dois être d'une certaine façon, me tenir et m'exprimer d'une certaine façon m'ont toujours contrarié."

"Je veux encourager les jeunes à être la meilleure version d'eux-mêmes, revendique-t-il. Je crois que nous sommes tous des licornes d'une certaine façon car nous sommes tous uniques."

Apparu dans le jeu vidéo "Call of Duty" et les blockbusters "Cars 3" et "Zoolander 2", Hamilton aurait fait ses débuts dans la musique cette année en collaborant à la chanson "Pipe" de Christina Aguilera, ce qu'il n'a pas confirmé. Entre deux GP, il a aussi multiplié les soirées de promotion de sa collection pour Tommy Hilfiger.

Le créateur américain le lui a bien rendu dimanche en venant saluer la star: "une +fashion icon+", lui a-t-il lancé en conférence de presse après le titre du Britannique. Juste avant, c'est tout simplement l'acteur Will Smith "himself" qui avait adressé ses félicitations par radio au pilote Mercedes lorsque celui-ci a franchi la ligne.

"Etre le meilleur"

"J'écoute énormément de musique, ancienne ou récente, de genres très différents. Il y a des mélodies, des tonalités, des couleurs qui m'inspirent", raconte celui qui poste à l'occasion sur les réseaux sociaux des vidéos de lui au piano.

"Pour ce qui est de la mode, je m'inspire de créateurs que j'apprécie, poursuit-il. Mais comprendre les tendances n'est vraiment pas simple. Mes premiers pas ont été couronnés de succès. Comment construire là-dessus? Faire toutes ces choses en essayant d'être le meilleur pilote de F1, c'est tellement dur!", lâche-t-il dans un éclat de rire qui ne cache pas son ambition et sa confiance en ses capacités.

Face à ceux qui s'inquiètent toujours qu'il se disperse, le quintuple champion du monde brandit son expérience de douze saisons en F1 et ses résultats (71 victoires, 132 podiums, 81 pole positions).

"Je gère mon emploi du temps dans le détail et je me trompe rarement, dit-il. C'est une question d'équilibre. De manière générale, j'aime être occupé et il y a tellement de choses que je veux faire que j'ai souvent l'impression de manquer de temps."

Alors le Britannique évoque régulièrement sa future retraite, à l'expiration de son contrat avec Mercedes fin 2020 si le changement de règlement en F1 après cette date ne le convainc pas, plus tard s'il était séduit.

"J'ai hâte d'avoir une routine, les mêmes heures de réveil, d'entraînement, du temps pour aller à l'église", confie le fervent catholique.

D'ici là, il pourrait avoir raflé à Schumacher son record de victoires en F1 (91) et de podiums (155). Et l'avoir rejoint au nombre de titres mondiaux.